Dernièrement, j’ai assisté à une conférence sur l’Asie, organisée conjointement par Exportation Développement Canada (EDC) et le Conseil commercial Canada-Chine (CCCC). Les principaux conférenciers du matin étaient, entre autres, M. Peter Hall, vice président et économiste en chef chez EDC et M. David Fung, président du conseil de la CCCC. Celui-ci a illustré avec des exemples à l’appui, l’importance pour les entreprises canadiennes d’être présentes sur le marché chinois. Il a aussi expliqué que les entreprises qui choisissent de faire du surplace au Canada seront davantage menacées par leurs concurrents, que celles qui décident de prendre quelques risques en saisissant les opportunités offertes dans ce marché gigantesque. M. Fung, lui-même un entrepreneur, conseille d’ailleurs aux entreprises exportatrices d’y intensifier leurs efforts pour compenser la faiblesse actuelle du marché traditionnel des États-Unis et prendre avantage de l’appartenance du Canada à la ceinture Asie-Pacifique.
Peter Hall abonde dans le même sens, tout en ajoutant que d’autres pays du sud-est asiatique offrent d’excellentes possibilités d’affaires, que les entreprises chinoises elles-mêmes exploitent. Par ailleurs, il est demeuré optimiste quant aux perspectives de croissance après l’accalmie qui a suivi la progression occasionnée par les stimuli gouvernementaux pendant la récession. Questionné sur la force du dollar canadien, Peter Hall a souligné qu’un dollar fort représente une raison de plus de diversifier ses exportations, bien que selon lui, cette situation ne durera pas longtemps. Il pense que dès 2012, notre monnaie pourrait se transiger un peu en dessous de la parité. En passant, avis aux intéressés, Peter Hall sera à Laval le 31 mai prochain dans le cadre de l’événement Parlons exportations organisé par Centre des affaires internationales, en partenariat avec EDC.
Ce qui a cependant retenu le plus mon attention c’est le témoignage d’un entrepreneur québécois qui a réussi, en quelques années, à implanter en Chine une usine autonome où travaillent 100 personnes et qui dessert le marché mondial, y compris celui de la Chine. Voici quelques conseils qu’il a donnés aux entrepreneurs qui cherchent à s’implanter en Chine :
1 – Créer une entreprise chinoise plutôt que canadienne. Le modèle de WOFE (Wholly Owned Foreign Enterprise) est la bonne formule dans ce cas. Éviter les JV (Joint Ventures) à moins que les deux parties apportent une contribution égale.
2 – Engager un bon dirigeant local, et bien le payer.
3 – Pour éviter de faire face à des demandes exagérées de la part des fonctionnaires, éviter les contacts directs pour les démarches réglementaires. Un employé local de confiance ferait mieux avancer les dossiers et ce à moindre coût.
4 – Fragmenter et compartimenter l’information pertinente afin de protéger la propriété intellectuelle.
5 – Avoir suffisamment de capital en place pour appuyer l’opération.
6 – S’assurer d’avoir un mécanisme efficace de transfert de fonds pour éviter des surprises et des ruptures de service. À cet effet, EDC peut être une bonne source d’aide.
7 – Ne pas transférer de vieilles technologies afin de se différencier et demeurer concurrentiel plus longtemps.
8 – Comme on est jamais sûr du passif environnemental, éviter de faire l’acquisition d’une autre entreprise ou d’usine existante en croyant faire une bonne affaire. Par ailleurs, une nouvelle entreprise avec un nom étranger est plus attrayante sur le marché chinois.
9 – S’attendre à ce que les autorités soient plus sévères dans leurs exigences de respect des règlements (environnementaux ou sociaux) avec vous qu’avec les entreprises chinoises existantes.
10 – Quoique le ratio d’ingénieurs chinois par rapport aux canadiens est de 40/1, le niveau d’expertise et la capacité d’innovation sont de loin supérieurs chez nous. Toutefois les ingénieurs chinois compensent ceci par leur travail acharné.
Le conférencier semblait très satisfait de sa décision de s’établir sur ce marché qui devenait un incontournable surtout que plusieurs de ses clients sont présents sur ce marché et qu’il fallait s’en rapprocher. C’est d’ailleurs le cas dans bon nombre d’entreprises qui font de plus en plus partie d’une chaîne d‘approvisionnement mondiale intégrée.
Dans un autre billet, je vous parlerai d’un autre atelier auquel j’ai participé sur le marché de l’Inde. C’est un marché qui offre beaucoup d’opportunités, mais aussi de nombreux défis.
Samir Naoum