Les turbulences récentes dans l’économie mondiale ont freiné quelque peu la croissance du prix du pétrole et on peut s’attendre à ce que cet effet perdure en 2012. Par contre, sur le long terme, une éventuelle reprise économique mondiale devrait faire grimper la demande de pétrole et de gaz beaucoup plus rapidement que l’offre. Selon un dossier spécial du McKinsey Quarterly de novembre 2011, au rythme où vont les choses, les risques d’un choc pétrolier, caractérisé par des prix élevés et instables, sont très élevés pour les prochaines années, ce qui devrait grandement préoccuper les dirigeants d’entreprises.
En effet, les mesures incitatives actuelles à l’économie d’énergie et à la transition vers des sources d’énergie plus vertes ne suffiront pas à ralentir la croissance de la demande énergétique mondiale. Du côté de l’offre, on ne s’attend pas non plus à ce que la hausse de la production énergétique soit suffisante pour compenser celle de la demande en raison des défis technologiques et des investissements énormes requis pour exploiter de nouvelles sources d’énergie. L’offre parvenant de peine et de misère à répondre à la demande, on devrait s’attendre à voir les cours pétrolier s’envoler au cours des prochaines années, ce qui aurait un impact majeur sur l’économie mondiale.
Cette hausse des prix devrait normalement affecter la croissance économique, en freinant notamment la consommation et le commerce international, et inciter les consommateurs et les industries à mettre en place des mesures ou à changer leurs habitudes pour réduire leur consommation d’énergie. Ainsi, McKinsey prévoit un certain retour à l’équilibre, mais pas avant 2020, en raison du temps que prendront ces ajustements à se faire et du décalage entre leur mise en place et leur impact réel sur la demande de pétrole.
Les entreprises qui ne se préparent pas à un tel scénario sont celles qui risquent d’être le plus affectées. Par contre, pour les entreprises qui voient venir le coup et se préparent en conséquence, un tel choc pétrolier pourrait s’avérer synonyme d’occasions d’affaires.
Développement et commercialisation de nouvelles technologies
Une hausse des prix du pétrole ouvrirait la porte au développement de nouvelles technologies, désormais rentables, liées aux véhicules électriques, à l’extraction de pétrole et gaz, aux énergies vertes, etc., souvent en partenariat avec de grands donneurs d’ordre. Le choc pétrolier devrait accélérer l’adoption de ces nouvelles technologies, réduire leurs prix grâce aux économies d’échelle et augmenter leur rentabilité économique, ce qui devrait d’autant plus encourager les entreprises, les consommateurs et les organismes publics à les adopter.
Amélioration de l’efficacité des chaînes de valeur mondiale
Dans un même ordre d’idée, certaines technologies ou méthodes de gestion de la chaîne de valeur, non rentables à implanter au cours actuel du pétrole, pourraient devenir très intéressantes pour les entreprises dans un contexte de choc pétrolier. Un des articles du dossier présente différents exemples d’activités permettant de réduire l’intensité énergétique des chaînes de valeur globales qui deviendront économiquement possibles à un prix du pétrole à 100$ le baril. En voici les principales catégories avec, entre parenthèses, l’impact potentiel relatif de chacune sur la consommation de carburant :
- Augmenter la densité de valeur des marchandises, notamment en réduisant le volume des emballages (-3 %) ;
- Réduire les distances moyennes de transport des marchandises (-4 %) ;
- Changer le mix de modes de transport, en privilégiant le transport maritime et ferroviaire (-4 %) ;
- Améliorer les technologies de transport, en augmentant la taille et l’efficacité mécanique des moyens de transport (-20 %) ;
- Améliorer l’utilisation des moyens de transport, en optimisant la vitesse, la charge, la maintenance et la planification des trajets (-12 %) ;
- Améliorer l’utilisation des actifs collectifs, en réduisant la congestion, améliorant les infrastructures ou s’engageant dans la gestion intelligente du trafic (-2 %).
En conclusion, même si un choc pétrolier aurait un effet très négatif à court terme sur l’économie mondiale, à long terme, les ajustements qui en découleront devraient avoir un impact tout de même positif puisque les entreprises qui auront réduit leur dépendance au pétrole en tireront encore avantage lors d’un éventuel retour à l’équilibre.
Il reste à voir cependant comment nos exportateurs sauront rester performants dans ce nouveau contexte économique. Comme mentionné précédemment, l’amélioration de l’efficacité des moyens de transport aurait un impact beaucoup plus grand sur la consommation énergétique que la réduction des distances de transport. Ceci laisse supposer qu’un choc pétrolier ne devrait pas freiner complètement le commerce international de biens et services, que les entreprises devraient continuer d’acheter et de vendre des produits à travers le monde. C’est à souhaiter pour les économies fortement dépendantes des exportations, comme celles du Québec et du Canada.
Bruno Séguin
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