En mai dernier, il y a six mois, je publiais un billet qui parlait d’une reprise de l’enthousiasme par rapport à l’exportation. Malheureusement, depuis, les mauvaises nouvelles économiques s’accumulent : la crise financière en Europe s’est aggravée, le chômage stagne aux États-Unis, les marchés financiers s’effondrent, le nouveau plan de relance américain prévoit à nouveau une clause Buy American, on parle de plus en plus de récession à double creux, le dollar canadien est instable, etc. Difficile de rester optimiste dans un tel contexte.
J’ai été donc passablement surpris en lisant les nouvelles prévisions à l’exportation d’automne 2011 des services économiques d’EDC dans lesquelles M. Peter Hall et son équipe maintiennent leur optimisme du printemps dernier par rapport aux exportations canadiennes pour 2011 et 2012. EDC prévoit entre autres «que l’économie mondiale capitalisera sur la hausse actuelle de l’activité fondamentale et continuera de trouver des remèdes aux chocs et aux faiblesses qui attaqueront la croissance à court terme, ce qui lui permettra de se diriger vers des jours meilleurs» (p.5). En ce sens, EDC maintient des prévisions de croissance positive du PIB mondial, et du même coup des exportations canadiennes, pour 2011 et 2012. Selon EDC, le volume des exportations de marchandises en provenance du Canada devrait croître de 12 % en 2011, soit le même rythme de croissance qu’en 2010, puis de 7% en 2012. Au Québec, les exportations de marchandises seront également en progression avec une croissance attendue de 4 % en 2011, puis de 7 % en 2012.
EDC appuie encore en grande partie ses prévisions de croissance sur une éventuelle reprise aux États-Unis, avançant que les entreprises américaines sont solides financièrement, que les banques sont bien capitalisées et en mesure de prêter à nouveau et que les consommateurs sont en bonne voie de rétablir leur niveau d’endettement, ce qui leur donnera la capacité de dépenser à nouveau. Les exportateurs canadiens ne devraient donc que bénéficier d’une telle reprise. Reste à savoir quand elle se matérialisera.
Cela dit, une tendance qui est bien entamée et semble vouloir perdurer dans le temps, c’est l’importance croissante des marché émergents pour les exportations canadiennes. En effet, en 2011 et 2012, EDC prévoit que le taux de croissance des exportations canadiennes en direction des marchés émergents sera au moins deux fois plus élevé que celui des exportations canadiennes en direction des marchés développés (États-Unis, Europe, Japon, Océanie et Asie développée). On peut donc estimer que près de 13% des exportations canadiennes se feront à destination des marchés émergents en 2012. N’oublions pas qu’en 2001, 13 %, c’était la part des exportations canadiennes totales hors-États-Unis ! EDC prévoyait d’ailleurs au printemps dernier que la part des marchés émergents dans les exportations canadiennes atteindrait presque 30% en 2020.
L’importance grandissante des marchés émergents comme débouché pour les exportateurs de marchandises ne se limite d’ailleurs pas au Canada. On parle ici d’un phénomène mondial. En effet, les plus récentes statistiques sur le commerce international de l’OMC démontrent qu’entre 2005 et 2010, la part des exportations mondiales à destination des économies développées a chuté de 67 % à 59 %, alors que la part des exportations à destination des économies en développement a, à l’inverse, grimpé de 29 % à 37 %.
Dans un contexte économique inquiétant comme celui que nous vivons actuellement, il est rassurant de voir que la situation serait, somme toute, loin d’être aussi sombre qu’on pourrait le penser, que la lumière semble poindre au bout du tunnel et que toute sorte d’occasions d’affaires sur des marchés autrefois inaccessibles se présentent à nos exportateurs. Encore-là, nul n’est garant de l’avenir. Il sera donc intéressant de voir si 2012 sera finalement l’année de la reprise. On s’en reparle dans un an !
Bruno Séguin
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