25 mai, 2010

Stratégies

Les mythes de l’innovation

L’Association de la recherche industrielle du Québec (ADRIQ) a fait paraître un bulletin intéressant en avril dernier sur l’innovation en entreprise au Québec. Le document vise à déconstruire certains mythes concernant l’innovation en entreprise, notamment sur qui sont les entreprises vraiment innovatrices et comment innovent-elles.

L’ADRIQ apporte également une nuance importante en précisant qu’une invention ou un développement devient une innovation lorsqu’on en retire un produit ou un service commercialisable. Toute invention ou amélioration qui n’a pas d’impact sur les produits et les ventes d’une entreprise ne devrait donc pas être considérée comme une innovation.

Puisque, dans un contexte de dollar fort et de sortie de crise économique, l’innovation devient le nerf de la guerre pour les entreprises québécoises, nous devrions entendre pas mal parler d’innovation au cours des prochains mois. Le ministre Clément Gignac est d’ailleurs sur le point d’annoncer la nouvelle stratégie Innovation et Recherche du MDEIE. On retrouve à ce sujet sur le site Les Affaires.com, une entrevue intéressante avec le ministre réalisée dans le cadre de la conférence BIO.

Dans son bulletin, l’ADRIQ fait par exemple remarquer que plus de 90 % de l’innovation se fait dans des entreprises déjà bien établies. Il y aurait donc seulement moins de 10 % de l’innovation qui viendrait de petites start-ups technologiques. Également, 90 % des entreprises innovantes vendent à d’autres entreprises (B2B) et non pas aux consommateurs, même si nous entendons beaucoup plus parler des produits de consommation innovateurs.

Aux États-Unis, on estime que 80 % des innovations sont des améliorations de produits ou de processus pour répondre à des demandes de clients ou du marché, alors que 20 % des innovations découlent de percées technologiques, d’inventions ou de découvertes scientifiques. L’ADRIQ estime qu’au Québec, c’est davantage un ratio de 85-15 ou 90-10, parce que le tissu économique est davantage composé de PME ne disposant pas nécessairement des ressources nécessaires au lancement d’une innovation découlant d’une percée technologique.

Tout d’abord, ce bulletin de l’ADRIQ ne semble pas vouloir faire la promotion d’un point de vue ou d’une position claire, mais plutôt de présenter un portrait le plus objectif possible de l’innovation au Québec. Néanmoins, je crois que leur objectif par cet article était de démontrer que l’innovation part du marché et qu’elle se fait en grande majorité dans les plus grandes entreprises établies et non pas dans les start-ups technologiques. De fait, toutes les entreprises peuvent et doivent donc être innovantes, même dans les secteurs les plus conservateurs. Il sera intéressant de voir si la future stratégie recherche et innovation du ministre Gignac reprendra la même philosophie.

Bruno Séguin

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